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QUE PENSERAIT RABIN DE TRUMP ?

Que penserait Rabin de Trump ?

Ce 4 novembre marque le trente et unième anniversaire de l’assassinat d’Yitzhak Rabin. Une question me vient : quel regard porterait-il aujourd’hui sur notre région ? Et que penserait-il de Donald Trump ?

Personne ne peut parler à sa place. Mais au-delà des différences évidentes de personnalité, de parcours et de style, je me demande s’il ne reconnaîtrait pas chez Trump une disposition qu’il avait lui-même : accepter de surprendre son propre camp pour tenter un accord avec l’ennemi.

Rabin était un militaire. Il connaissait la guerre, ses nécessités et son prix. Pourtant, il avait choisi de négocier avec l’OLP de Yasser Arafat. Les accords d’Oslo ont été violemment combattus. Ils restent, aujourd’hui encore, au cœur de controverses sur leurs promesses, leurs conséquences et leur échec à déboucher sur une paix définitive. Rabin avait néanmoins décidé d’engager son pays sur cette voie. Il fut assassiné le 4 novembre 1995 par un extrémiste israélien opposé à ces accords. (history.state.gov⁠)

Trump, à sa manière, accepte lui aussi de franchir certaines barrières. Il a rencontré Kim Jong-un, dirigeant d’un régime parmi les plus fermés du monde. Cette ouverture n’a pas abouti à la dénucléarisation de la Corée du Nord, mais il a tenté une rencontre longtemps jugée improbable. Son administration a également contribué aux accords d’Abraham, qui ont ouvert des relations diplomatiques entre Israël et plusieurs pays arabes. (internazionale.it⁠, euronews.com⁠, 2017-2021.state.gov⁠)

Et pour faire libérer les otages, il a accepté que ses représentants négocient, par des intermédiaires, avec le Hamas. Son émissaire Steve Witkoff a contribué à l’accord de janvier 2025, aux côtés de l’administration Biden et des médiateurs. En octobre de la même année, une nouvelle négociation menée dans le cadre du plan Trump a débouché sur un accord de cessez-le-feu et de libération des otages. Cela impliquait de travailler avec le Qatar, qui entretient des liens avec le Hamas et servait de médiateur. (reuters.com⁠, au.investing.com⁠)

Il fallait donc traiter avec les responsables de l’organisation terroriste qui avait massacré et enlevé des Israéliens le 7 octobre. On peut mesurer toute l’horreur de cet ennemi et comprendre, simultanément, la nécessité de négocier pour lui arracher les captifs.

Avec l’Iran aussi, Trump maintient une possibilité d’accord, tout en exerçant une pression économique et militaire. Les échanges indirects se poursuivent, sans que leur réussite soit acquise. Sa méthode associe les menaces, le rapport de force et la négociation. Mais elle laisse une porte ouverte à un arrangement avec un régime profondément hostile. (reuters.com⁠)

Rabin aurait-il approuvé ces initiatives ? Aurait-il contesté les méthodes, les concessions ou les garanties obtenues ? Nous l’ignorons. Je crois cependant qu’il aurait compris la question qui se pose à tout dirigeant : jusqu’où faut-il tenter de parler à un ennemi pour obtenir ce que la force seule ne permet pas d’assurer ?

Shimon Peres, son partenaire politique, avait poussé cette réflexion vers l’économie. Dans sa vision du « nouveau Moyen-Orient », la coopération autour de l’eau, des infrastructures, du commerce et de la technologie devait créer des intérêts communs et rendre la paix profitable aux populations. Les accords d’Abraham peuvent être lus comme une réalisation partielle de cette intuition, même si leur construction politique diffère de celle qu’il envisageait. (latimes.com⁠, books.google.com⁠, 2021-2025.state.gov⁠)

L’approche commerciale de Trump rejoint ici quelque chose de cette ambition : chercher ce que chaque partie aurait à gagner dans un accord. L’économie ne suffit pas à désarmer le fanatisme. Elle peut toutefois créer une raison de coopérer là où la confiance manque encore.

Rabin et Trump sont deux hommes très différents. Tous deux ont leurs défauts, leurs angles morts et des décisions que l’on peut discuter. Le rapprochement porte, à mes yeux, sur cette volonté d’avancer, de prendre un risque politique et de tenter une négociation malgré les critiques.

Le dialogue n’offre aucune garantie de réussite. Un accord doit être jugé sur son contenu, son application et ses conséquences. Mais l’échec possible peut-il justifier de renoncer à toute tentative ?

En ce jour de mémoire, c’est cette part de l’héritage de Rabin que je voudrais retenir : la responsabilité de chercher une issue, y compris auprès de ceux que l’on combat. Et la cohérence nous oblige à reconnaître la valeur de cette démarche aussi bien chez les dirigeants que nous apprécions que chez ceux qui nous dérangent.

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