Au-delà des images et des polémiques, la réalité du terrain est terriblement complexe. Tsahal est loin de pouvoir maîtriser chaque situation à 100 %. Nos jeunes soldats sont envoyés dans une guerre urbaine, face à des terroristes qui ne combattent pas comme une armée régulière et se fondent dans la population civile. Qui peut sérieusement imaginer qu’une telle guerre puisse se dérouler sans fautes, sans abus ni bavures ?
« Idiots utiles » ou cinéastes sincèrement engagés, les auteurs de ce film ont décidé de mettre le doigt là où cela fait mal. Car le sujet qu’ils abordent demeure largement tabou en Israël.
La Mostra de Venise ne fixe évidemment pas les dates de son festival en fonction du calendrier électoral israélien. Quant au public qui a applaudi, il l’a fait parce que le film l’a touché ou convaincu. On peut contester son regard sans prétendre que tous ceux qui l’ont apprécié sont antisémites.
La montée de l’antisémitisme depuis le 7 Octobre est bien réelle. Elle s’inscrit aussi dans la stratégie du Hamas : faire oublier le massacre, les viols et les enlèvements, puis présenter Israël comme l’unique agresseur et les Palestiniens comme les seules victimes.
Mais, presque trois ans après le début de la guerre, le fait que le Hamas soit encore au pouvoir à Gaza ne joue pas en faveur d’Israël. L’absence d’un plan sérieux et clairement présenté pour sortir de cet état de guerre non plus.
On peut donc légitimement se demander : tout cela pour en arriver là ?
Affirmer que ces cinéastes ont tort à 100 % ne serait pas honnête. Leur film vient occuper un espace laissé vide par l’absence de réponses et combler, à sa manière, un immense point d’interrogation.
Des milliers de questions demeurent. Quel avenir pour Israël et les Palestiniens ? Que deviendra la bande de Gaza ? Comment empêcher le Hamas — ou une organisation semblable — de reprendre le pouvoir ?
Et surtout, une question majeure continue d’alimenter toutes les suspicions et toutes les polémiques : pourquoi le Premier ministre refuse-t-il toujours la mise en place d’une commission d’enquête d’État indépendante sur les défaillances ayant conduit au pogrom du 7 Octobre ?
Tant que cette question restera sans réponse, d’autres raconteront l’histoire à notre place.
Rappel des faites :
« NAZA » est un documentaire réalisé par les Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, deux des quatre coréalisateurs de No Other Land, oscarisé en 2025. Produit par The Guardian et James Wilson, il a été présenté à la Mostra de Venise le 10 septembre 2026. Il porte sur les opérations israéliennes à Gaza, à travers des témoignages anonymisés de militaires et de membres du renseignement. Présentation officielle, AP.
Le palmarès a été annoncé le 12 septembre 2026 : le film a reçu le Prix spécial du jury, présidé par Maggie Gyllenhaal. Il faut donc mettre votre introduction au passé : les résultats sont désormais connus. Palmarès officiel.

Le film suscite une vive controverse : Benjamin Netanyahou et Tsahal rejettent ses accusations, tandis que le ministre de la Culture, Miki Zohar, a demandé le retrait de la citoyenneté des réalisateurs. Cette demande ne signifie pas qu’un retrait a été décidé. The Guardian, 14 septembre.
Leave a Reply